Il y a des diplômes qui marquent une fin.
Et il y en a d’autres qui ressemblent davantage à un pont.
Un pont vers des chemins qui ont du sens.
Un pont vers l’avenir, signe que les efforts silencieux finissent toujours par construire quelque chose.
Un pont qui prouve que l’on peut partir d’un domaine, en traverser un autre, changer de pays, apprendre encore, et finir par comprendre le sens de ce que l’on recherche.
Aujourd’hui, alors que j’obtiens mon Diplôme d’Études Collégiales en Technique de Graphisme, je ressens le besoin de célébrer plus qu’un résultat. Je veux célébrer un parcours.
Un parcours commencé bien avant le Québec. Bien avant le Cégep de Rivière-du-Loup. Bien avant les projets d’identité visuelle, les affiches, les plateformes web, les emballages, les campagnes et les nuits passées à ajuster un détail graphique que presque personne ne verrait, mais qui comptait quand même.
Une base solide en sciences et en technologies numériques
Avant le design, il y a eu les mathématiques, la physique, la rigueur scientifique.
En 2016, j’ai obtenu mon Baccalauréat de l’Enseignement Secondaire Général (ESG) Série C, option mathématiques et sciences physiques, au Lycée Classique de Bafoussam, au Cameroun. Ce premier socle m’a donné une façon de penser : analyser, structurer, chercher une logique derrière les choses. J’ai aussi gagné un bon sens de la géométrie ce qui m’aide beaucoup dans mes conceptions d’emballage ou encore de toutes formes de modélisation 3D.
J’ai ensuite poursuivi à l’Institut Universitaire de la Côte (IUC), à Douala, dans le cycle CP/LST — Classes Préparatoires / Licence Sciences Technologies, option Physique, Chimie et Sciences de l’ingénieur.
Ces années de classes préparatoires m’ont appris l’endurance. Elles m’ont appris à travailler sous pression, à tenir un rythme, à comprendre que le talent seul ne suffit pas lorsque l’exigence devient quotidienne.
Après ce parcours, j’ai intégré le Cycle Ingénieur en Génie Informatique, au niveau Bac+3, à l’École des Nouvelles Sciences et Ingénierie, à Tanger, au Maroc. J’ai eu la particularité de faire partie de la première promotion en Génie Informatique de l’école.
Le Maroc a été une étape importante. Pas seulement pour les études, mais aussi pour l’ouverture culturelle, l’autonomie et la confrontation à un nouvel environnement. Étudier dans un autre pays, c’est apprendre une discipline, mais aussi apprendre à se situer soi-même.

Au terme de trois années, j’ai obtenu mon diplôme d’Ingénieur en Génie Informatique, correspondant à un niveau Bac+5. Ce diplôme possède également une équivalence WES pour le Canada, sous l’intitulé : Master’s Degree in Computer Engineering.
Cette reconnaissance représente beaucoup pour moi, parce qu’elle donne une valeur officielle à un parcours exigeant, construit entre plusieurs pays, plusieurs systèmes et plusieurs réalités.
Le moment où le code a rencontré l’image
Pendant mes études en informatique, je n’ai jamais vraiment quitté le graphisme.
Je faisais déjà des visuels, des affiches, des logos, des expérimentations. Au départ, c’était instinctif. Je créais parce que j’aimais ça. Mais avec le temps, j’ai compris que créer sans méthode avait ses limites.
Je savais faire certaines choses, mais je ne comprenais pas toujours pourquoi elles fonctionnaient. Je pouvais sentir qu’un visuel avait du potentiel, sans forcément posséder tous les codes pour le défendre, l’organiser ou le rendre pleinement cohérent.
C’est dans cette zone entre intuition et manque de structure que mon intérêt pour le design s’est renforcé.
Avec un ami, j’ai aussi développé Big Graphics, une plateforme à travers laquelle nous proposions des services en graphisme et en webdesign. Le projet existe toujours, même si nos activités sont aujourd’hui en pause, chacun ayant choisi de se concentrer sur le développement de son propre parcours professionnel. Mais l’esprit de collaboration demeure.
Big Graphics a été une première école du réel : comprendre les besoins, livrer des projets, dialoguer avec des clients, apprendre à transformer une demande en proposition visuelle.
SevenGPS : un projet charnière
En dernière année de Génie Informatique, j’ai choisi d’effectuer mon Projet de fin d’études (PFE) au Cameroun, chez SevenGPS – Global Procurement & Sourcing.
Ce choix n’était pas anodin.
Là-bas, j’ai trouvé un terrain où l’informatique pouvait dialoguer avec le graphisme, l’interface, l’expérience utilisateur et la communication visuelle. Même si ma formation en informatique était générale, mon intérêt se portait davantage vers le Front-End, le design d’interface et la manière dont les utilisateurs interagissent avec un produit numérique.
C’est dans ce contexte que j’ai travaillé sur MySeven, une plateforme web d’apprentissage numérique pour Seven Advanced Academy.
Le projet ne se limitait pas au développement. Il m’a permis de toucher à plusieurs dimensions : identité visuelle, expérience utilisateur, userflow, conception de plateforme, développement et logique de service.
Avec le recul, je vois ce projet comme un pont.
Un pont entre mon diplôme en informatique et mon futur en graphisme.
Un pont entre la technique et le sens.
Un pont entre ce que je savais faire et ce que je voulais devenir.
Pourquoi le Québec ? Pourquoi le graphisme ?
Venir au Québec pour étudier le graphisme a été une continuité.
Je voulais donner une structure réelle à une compétence que je développais depuis longtemps. Je voulais apprendre les fondements, les méthodes, les références, les exigences professionnelles. Je voulais comprendre le design au-delà du “beau”.
Le Québec représentait aussi un choix naturel : la langue, la qualité de l’enseignement, la valeur du diplôme, mais aussi les possibilités professionnelles. Le Cégep de Rivière-du-Loup est devenu l’endroit où j’ai pu poser cette nouvelle étape.
Pendant trois ans, j’ai appris à regarder autrement.
J’ai appris que le design n’est pas seulement une question d’esthétique. C’est une question de message, d’intention, de contexte, de public, de cohérence et de responsabilité.
J’ai travaillé sur des projets d’affiches, d’identités visuelles, de packaging, de photographie, d’édition, de web, de motion design et de communication institutionnelle.
Certains projets ont particulièrement marqué mon parcours, comme l’identité développée pour L’ESTcouade Active, un programme du RSEQ, ou encore mon projet de fin d’études pour le SPEIMQ — Syndicat du personnel enseignant de l’Institut maritime du Québec, qui a été retenu parmi les propositions présentées.
Ces projets m’ont permis de comprendre ce que j’aime profondément dans le design : créer des systèmes visuels qui ont une raison d’être.
Un parcours aussi construit par l’implication
Mon passage au Cégep ne s’est pas limité aux cours.
J’ai eu l’occasion de recevoir deux Bourses d’Excellence durant mon parcours, une reconnaissance qui m’a profondément encouragé à continuer avec sérieux et constance.
J’ai aussi été Ambassadeur du Programme Graphisme, un rôle qui m’a permis de mettre en valeur les activités, les projets et la vie du programme à travers la création de contenus, notamment sur les réseaux sociaux.
En parallèle, j’ai été membre du comité étudiant Graphikos, impliqué dans la vie étudiante et les initiatives liées au programme.
Ces expériences m’ont appris autre chose que le design : elles m’ont appris la responsabilité, la collaboration, la représentation et l’importance de contribuer à un milieu.
L’engagement humain comme fil discret
À côté de mes études et de mes projets, l’engagement social a toujours occupé une place importante dans mon parcours.
Au Cameroun, j’ai participé à plusieurs initiatives de dons et d’actions sociales auprès d’orphelinats et de structures caritatives. Au Québec, j’ai poursuivi cette implication à Rivière-du-Loup, notamment à la Maison de la Famille du Grand-Portage, où j’ai accompagné une élève de 5e année du primaire en soutien scolaire.
Nous travaillions principalement les mathématiques et le français, mais il y avait aussi autre chose derrière les exercices : l’aider à prendre confiance, à poser de bonnes actions dans ses journées, à croire davantage en ses capacités.
Je pense que ces expériences humaines influencent aussi ma manière de créer.
Parce qu’un bon design ne parle pas seulement aux yeux.
Il doit aussi tenir compte des personnes à qui il s’adresse.
Deux domaines, une même logique
Aujourd’hui, je vois l’informatique et le graphisme comme deux parcours complémentaires.
L’informatique m’a donné la structure.
Le graphisme m’a donné le langage visuel.
Le web m’a appris la logique des interfaces.
Le design m’a appris à rendre cette logique sensible, claire et accessible.
Posséder des compétences dans ces deux domaines est un réel atout. Cela me permet de comprendre à la fois la technique derrière un projet et l’expérience vécue par l’utilisateur. Je peux réfléchir à une identité, à une interface, à une plateforme ou à une campagne en gardant en tête la forme, la fonction et le sens.
C’est probablement là que se trouve ma vraie force : dans cette zone entre le code et l’image, entre la rigueur et l’intuition, entre la stratégie et l’émotion.
Une nouvelle graduation, mais pas une ligne d’arrivée
Obtenir mon DEC en Technique de Graphisme représente une étape importante.
Pas parce que tout est terminé.
Mais parce que quelque chose s’est confirmé.
Je suis venu chercher une formation.
Je repars avec une direction plus claire, des projets solides, une meilleure compréhension de mon métier et l’envie d’aller encore plus loin.

À court terme, je souhaite intégrer le marché du travail au Québec afin d’acquérir de l’expérience terrain, apprendre auprès d’équipes établies et continuer à développer ma pratique dans des contextes professionnels concrets.
Je souhaite aussi obtenir une certification Adobe Certified Professional (ACP) afin de renforcer officiellement ma maîtrise des outils créatifs.

À plus long terme, je compte poursuivre à l’Université Laval pour un Baccalauréat en Graphisme, afin d’approfondir encore ma réflexion, ma pratique et mon positionnement comme créatif.
J’ai trouvé ma voie… mais le chemin continue
Il y a quelque temps, j’ai publié un livre intitulé J’ai trouvé ma voie.
Ce livre n’est pas un mode d’emploi. Ce n’est pas une recette. Ce n’est pas non plus une répétition de mon CV.
C’est plutôt une fenêtre sur un parcours, avec ses doutes, ses virages, ses choix, ses moments de lucidité et ses questions. J’y raconte comment certaines décisions se sont imposées, comment le chemin s’est construit, et comment j’ai appris à reconnaître ce qui faisait sens pour moi.
Cet article révèle une partie de cette histoire, mais pas toute l’histoire…
Parce qu’un parcours ne se résume jamais à une chronologie. Il y a toujours des hésitations invisibles, des choix difficiles, des déclics personnels et des silences que seule une narration plus intime peut accueillir.
Si mon parcours peut inspirer quelqu’un qui se cherche, quelqu’un qui hésite entre deux domaines, quelqu’un qui croit avoir pris trop de détours, alors peut-être que ce livre peut ouvrir quelque chose.
Pas forcément une réponse immédiate.
Peut-être simplement une question utile.
Ou un petit déplacement intérieur.
Et parfois, c’est déjà beaucoup !

Avancer avec gratitude

Aujourd’hui, je regarde ce parcours avec gratitude.
Gratitude pour le Cameroun, où tout a commencé.
Gratitude pour le Maroc, qui m’a formé à l’autonomie et à l’ingénierie.
Gratitude pour le Canada (Québec), qui m’a permis de structurer ma passion pour le design.
Gratitude pour les projets, les rencontres, les enseignants, les collègues, les amis, les clients, les collaborateurs et toutes les personnes qui ont contribué à cette trajectoire.
Ce DEC en Technique de Graphisme vient confirmer une chose que je comprends de mieux en mieux : mon parcours a toujours été une suite fluide et cohérente. Il s’est fait en composant son propre langage.
Et aujourd’hui, ce langage ressemble à ceci :
penser avec rigueur, créer avec sens, concevoir avec humanité, et continuer d’apprendre.
Toujours !




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